Le Matricule des anges (Camille Cloarec)

Publié le dimanche  15 janvier 2017
Mis à jour le samedi  18 février 2017

La fin du monde n’aurait pas eu lieu

Camille Cloarec

La Matricule des anges, 180, 2017

Comme l’indique son titre, l’ouvrage de Patrik Ourednik est apocalyptique. L’auteur précise que « quelques-uns des scénarios de fin du monde qu’(il) envisage d’exploiter ici sont extraits des rapports secrets du Département de la défense des États-Unis sur le changement climatique, le monde numérique et les dangers de la mondialisation ». Autant de préoccupations contemporaines majeures qui hantent la vie de Gaspard Boisvert, son héros. Ancien conseiller du président américain le plus stupide de l’Histoire, ce dernier est également publicitaire pour Pernod-Ricard (initiateur de slogans tels que « Un Ricard sans ricaner ! »), écrivain raté et petit-fils de Hitler.

La fin du monde n’aurait pas eu lieu est un livre total, qui brasse (entre autres) les bombardements atomiques, les statistiques économiques, les références bibliques et les blagues asiatiques. Les 111 chapitres qui le composent sont autant de séquences drôles, absurdes, décousues, qui reflètent les paradoxes de notre époque. Ce sont « des feuilles de toutes sortes et de tout format remplies de souvenirs, de réflexions, d’aphorismes », qui se moquent de nos angoisses, de notre modernité et de nos progrès. La contemporanéité est une obsession lugubre, puisque « demeurer hors de leur temps est le drame joyeux des gens dotés d’un minimum de jugeote ». Autre constat : la société occidentale est « la société la plus extraordinaire des deux derniers millénaires : elle avait inventé le temps linéaire, l’amour du prochain, le quatrième âge, la fission de l’atome, l’écologie et le végétalisme, l’avenir et le passé ». L’auteur de Europeana, une brève histoire du XXe siècle nous offre un florilège de réflexions acides et ironiques sur nos travers et nos contradictions. Puisque, comme le signale quelqu’un, il est possible que toutes les prédictions catastrophiques se soient fourvoyées : « Je me tue à vous le répéter. Vous confondez la fin du monde avec la fin d’un monde. »