Vitisphère (Michel Remondat)

Publié le samedi  10 mars 2012
Mis à jour le vendredi  3 février 2017

Des livres pour la rentrée

Michel Remondat

Vitisphère, revue de presse n°43

Le 17 juillet 2009


Les livres que je vous propose cette semaine ne sont pas de ceux qu’on emporte à la plage. Ils demandent même beaucoup d’attention. Le premier, un inédit de François Rabelais, nous vient d’une autre époque, quand bien même nous en sommes encore un peu faits.

Le texte que publient les éditions Allia est un inédit. En lui-même, il ne révèle rien de ce que nous ne connaissons de Rabelais. Nous y retrouvons Pantagruel et sa langue, généreuse et riche, comme le sont sa vie et son goût pour la bonne chère, symbolisant la fin du Moyen-Age et l’avènement de la Renaissance. Le texte commence ainsi : « Mon estimé maître Pantagruel m’a prié de noter ici en fidélité et brièveté ce qui lui paraît digne d’être consigné pour le profit général de la corporation des buveurs pantagruelistes. Il se fût volontiers acquitté de cette plaisante tâche et eût gravé ces paroles en tables de pierre ; toutefois l’absorption de 184 646 bouteilles de vin d’Anjou ne rendit point sa langue moins habile que sa plume et son poinçon. » Nous avons bien lu. Les 45 autres pages sont de cet acabit. J’en suggère la lecture à ces messieurs de l’Institut national de lutte contre le cancer.

A l’image de son héros, ce texte a une histoire absolument incroyable. Il nous vient de Prague où il fut traduit et publié en tchèque en 1622 par un certain Martin Kraus de Krausenthal et dont il ne reste que trois exemplaires. Cette traduction a elle-même été actualisée en 1857. C’est de cette édition que nous vient donc la traduction du tchèque en français du Traité de bon usage de vin. Nous la devons à Marianne Canavaggio. Cette dernière a fait le choix « d’une langue compréhensible par tous mais portant l’écho de la syntaxe et du vocabulaire rabelaisien ». Cela donne par exemple : « Ne buvez jamais seuls. La compagnie de buveurs est une engeance hautement estimée et sa parole barytonante est d’un poids considérable dans les cercles des gendarmes. »